Profil spirituel et vertus

Vertus théologales

Les vertus théologales – la foi, l’espérance et la charité dans la vie de Mère Alphonse Marie La clé pour comprendre la vie spirituelle de Mère Alphonse Marie, ce sont les vertus théologales, qui constituent le principe dynamique dont découle sa vie spirituelle. Celle-ci se distingue par les traits suivants :

  • Les vertus théologales sont étroitement liées entre elles, en ce sens que la foi, telle que la pratique la Servante de Dieu, est étroitement unie à l’espérance, et ces deux vertus conduisent immédiatement à l’amour de Dieu, qui est comme leur achèvement et se manifeste dans les œuvres qui découlent de l’amour du prochain.
  • On peut dire que l’amour de Dieu est le noyau de toutes les autres vertus.
  • Ces vertus sont le facteur unifiant de sa vie et la source de la motivation de ses efforts.
  • Des prières et des confidences de la Servante de Dieu il ressort que ces vertus théologales lui donnent la conscience d’une relation personnelle particulière avec Dieu et avec Jésus-Christ. Elle est consciente de la présence de Dieu et aspire à une union intime avec Dieu et Jésus-Christ.
  • La Servante de Dieu s’est efforcée de vivre ces vertus d’une manière toujours plus parfaite, et ses conditions étaient d’autant plus exigeantes que, dès le début, elle a vécu l’idéal du don total à Dieu au milieu de son entourage. Sa volonté d’aimer Dieu d’une manière toujours plus parfaite a le caractère d’une noblesse extraordinaire.

Foi

L’âme humaine – la ferveur de Mère Alphonse Marie

Pour la Servante de Dieu Mère Alphonse Marie il n’était pas difficile d’accueillir la foi en Dieu, et elle ne la considérait pas non plus comme un objet de discussions savantes. La foi signifiait pour elle l’enthousiasme pour Dieu, l’adhésion de toute une vie à Dieu et à son message, l’adhésion personnelle à Dieu dont nous attendons le salut. Tout naturellement elle s’unit dans l’amour à Dieu et à Jésus-Christ. La vie de foi telle que la vécut la Servante de Dieu fut très puissante, car Élisabeth Eppinger fut conduite, dans la première étape de sa vie, comme une personne sur laquelle Dieu avait posé la main et qui était appelée à une expérience spirituelle surnaturelle. Du fond de son âme elle désirait mener une vie entièrement consacrée à la prière et à la pratique parfaite des vertus dans la vie religieuse. Elle désirait entrer au couvent. Mais Dieu voulut qu’elle vive d’abord cet idéal de perfection dans le cercle de ses proches et au sein de la communauté paroissiale. De façon mystérieuse il la prépara à la fondation d’une congrégation consacrée au soin des malades, qui répondait aux besoins de son temps.

Dès la plus tendre enfance se manifesta chez la Servante de Dieu un esprit de foi que l’on peut, à son âge, qualifier d’extraordinaire. À quatre ans déjà elle écoutait avidement ce que l’on disait de Dieu et profitait de chaque occasion pour se faire expliquer les vérités religieuses. À six ans elle note dans son autobiographie : « J’avais un désir pénétrant de connaître Dieu. Que je fusse seule ou parmi les gens, je m’occupais sans cesse de la pensée de Dieu. » À sept ans : « Ce désir était si fort qu’il me causait même une souffrance intérieure. »

À dix ans elle veillait toujours à ne rien oublier de ce qu’elle entendait au catéchisme. Elle se réjouissait de plus en plus de pouvoir participer aux leçons de religion. Le jour de sa première communion elle pria ainsi : « Bon Jésus, je viens de renouveler mes promesses du baptême. Aide-moi à garder et à accomplir tout ce que nous enseigne notre pasteur. » L’esprit de foi se manifestait chez elle en toute situation, toute sa vie. Par la pensée elle était tournée vers Dieu ; rien ne l’intéressait sinon les choses de Dieu. Elle regardait tout du point de vue de Dieu.

Même au temps de la maladie sa foi ne faiblissait pas. Lorsqu’elle tomba malade pour la première fois, elle ressentit une sécheresse spirituelle, mais elle pria néanmoins avec persévérance. Quand elle guérit, elle reçut dans l’esprit de foi des grâces particulières qui l’aidèrent à progresser dans la vie spirituelle et dans la pratique des vertus.

Au cours d’une autre maladie (1845-1849) son directeur spirituel se rendit compte que la Servante de Dieu était dotée de grâces divines vraiment exceptionnelles. Il en parla à l’évêque, qui s’intéressa beaucoup à toute l’affaire, car il était convaincu qu’il fallait y voir une intervention de Dieu. La Servante de Dieu, cependant, ne se sentait pas digne de telles grâces et ne cherchait nullement à en tirer gloire.

Quant à la fondation de la congrégation, la Servante de Dieu confia à son directeur spirituel qu’elle avait reçu d’en haut l’inspiration de fonder une congrégation consacrée au service des malades. Le curé Reichard fut d’abord réservé, mais il finit par demander l’approbation de l’évêque.

Lorsque Mère Alphonse Marie fut supérieure générale (1849-1867), elle s’abandonna avec une entière confiance à la Providence divine. Il se produisit beaucoup d’événements inattendus où Dieu intervint en faveur de la congrégation et aida à son développement rapide. La confiance de la Servante de Dieu était immense. Nous pouvons la voir dans la construction de la congrégation. Sans aucune aide humaine elle se mit à l’œuvre et attendit tout de Dieu, le matériel comme le spirituel. Elle se sentait misérable et faible pour une telle responsabilité, mais elle s’en remettait uniquement à la grâce. Avec une sainte audace elle priait Jésus : « Refuse aussi longtemps que tu voudras, je prierai sans relâche. Je te donne ce que tu désires – donne-moi aussi ce que je demande. » « Ô mon Jésus, regarde ma misère et ma faiblesse, je ne puis rien sans ton aide. Augmente ma confiance filiale en toi. »

« Mon cher Jésus, fais-le toi-même. Tu sais bien que je ne puis rien ; c’est ton œuvre. » À une telle confiance elle exhortait tous ceux qui venaient à elle : surtout les nombreux visiteurs qui en ont témoigné et qui, en la quittant, louaient la miséricorde de Dieu. Elle y exhortait aussi ses filles, à qui elle disait : « Puisque Dieu a été assez bon pour nous appeler à la vie religieuse, ne serait-il pas offensant pour lui que nous ne lui fassions pas une confiance sans bornes dans tous nos besoins ? Adressez-vous à lui en toute situation, sans la moindre défiance. »

C’est avant tout son propre exemple qui conduisit ses filles à une confiance sans bornes.

L’attachement de la Servante de Dieu à l’enseignement de l’Église catholique était fervent et inébranlable. Elle venait d’une famille entourée de protestants, qui dut lutter pour conserver sa foi. C’est pourquoi elle avait conscience du bonheur qu’elle avait d’être catholique.

« Quand, pendant ma maladie (à 17 ans), quelques protestants me rendirent visite, j’eus pitié d’eux, parce qu’ils ne vivent pas dans la vérité. Alors je remerciai le Seigneur d’être née de parents catholiques. Je disais souvent : ,Ah, quel bonheur j’ai d’être enfant de la vraie Église !‘ »

Avec un profond intérêt elle suivait les leçons de religion données par le curé Reichard, en qui elle avait une confiance absolue. Le contenu de sa foi correspondait à ce qu’on lui enseignait : Dieu et la Providence divine ; Jésus-Christ, qui nous a sauvés par sa mort sur la croix ; la Vierge Marie ; les saints ; les sacrements, surtout l’Eucharistie ; l’homme destiné aux choses surnaturelles ; la gravité du péché et la perfection des vertus.

La Servante de Dieu avait une grande vénération pour la Très Sainte Trinité. Au cours de la journée elle répétait souvent la doxologie : « Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit. »

Comme dès sa plus tendre enfance elle écoutait avidement ce que l’on disait des choses de Dieu, elle s’adressait directement à Dieu pour lui demander conseil, aide et protection. Elle le faisait quand elle cherchait le bon chemin, quand elle éprouvait de l’abattement, ou quand elle ressentait le besoin de remercier Dieu des grâces reçues.

« Ô bon Dieu, fais que moi aussi je devienne aussi pieuse que ces personnes et que j’apprenne à prier avec autant de ferveur qu’elles. » « Je veux t’aimer, je t’aimerai et je ne veux accomplir que ta volonté ! » « Mon divin Époux, vois comme je te désire. Prends entièrement possession de mon cœur et montre-moi comment je puis m’unir à toi plus intimement encore. »

Dans la vie spirituelle de la Servante de Dieu, Jésus-Christ occupait la place centrale. Dès l’âge de cinq ans elle était profondément émue lorsqu’on évoquait devant elle la Passion du Christ. Quand elle eut dix ans et que le curé Reichard leur parla à l’école des souffrances de Jésus sur la croix, cela la marqua pour toute sa vie.

« Ces paroles m’impressionnèrent si fortement que je tremblais de tout mon corps. Je ne quittais pas des yeux monsieur le curé et il me semblait voir en lui l’image du Sauveur souffrant. »

Comme elle le dit elle-même, aucune autre doctrine ne lui plaisait autant que le thème de la Passion, car elle y voyait l’amour de Jésus pour nous. Dès l’âge de dix ans elle avait l’habitude de suivre la Passion du Seigneur pendant la sainte messe. Parfois elle en était si touchée que tout son corps tremblait. Elle recherchait la solitude pour mieux méditer sur la Passion. Jeune fille déjà, elle essayait d’inciter aussi ses compagnes à cette piété. Mais c’est surtout à ses filles qu’elle inculqua cette doctrine et elle y revenait sans cesse. Sur l’ordre de notre Seigneur elle prescrivit à ses filles de méditer chaque jour sa Passion – il en est déjà question dans les Premières Règles. La Servante de Dieu leur montra une manière de méditer qui était sans doute la sienne.

Elle prenait le crucifix en main et ouvrait son cœur à l’action de la grâce, passant peu à peu d’une plaie à l’autre et se posant diverses questions pour saisir la grandeur des souffrances du Sauveur et son amour pour nous. Son âme était à ce moment si profondément touchée qu’elle ressentait d’une certaine manière les douleurs de la Passion – elles devenaient ses propres douleurs. Des sentiments de gratitude, de regret et d’amour la remplissaient parfois des jours entiers.

« Les impressions qu’elle recueillait au pied de la croix ne s’effaçaient plus de son cœur. Au milieu de ses devoirs dans la maison de ses parents et aux champs, elle avait constamment devant les yeux Jésus crucifié, Jésus souffrant, Jésus mourant pour les péchés du monde. »

La Servante de Dieu avait une dévotion particulière à la Vierge Marie. À trois ans déjà elle apprit la prière de l’Ave Maria et la répétait comme un refrain. Dès lors elle se tournait vers la Vierge Marie en toute situation.

« Aucune doctrine ne me plaisait autant que l’enseignement sur la Passion du Seigneur et sur la Vierge Marie », dit Élisabeth. Elle avait alors huit ans. « Je vous salue Marie, Mère de Dieu, priez pour moi, pauvre enfant. »

Sa plus grande joie était d’entendre parler de la Vierge Marie. Elle craignait seulement de ne pas toujours bien comprendre ce qu’elle entendait à son sujet. À 14 ans elle répétait sans cesse le Salve Regina. Elle résolut d’imiter Marie en tout, surtout dans son silence et sa modestie.

« Sans cesse je me réfugiais sous la protection de la bonne Mère de Dieu. »

Elle lui confia sa virginité : « Par la puissance de ta très sainte virginité et de ton immaculée conception, ô Vierge très pure, purifie mon cœur et mon corps. » « Ô Marie, je veux t’imiter, oui, je le veux. Je veux imiter tes vertus. Ô Marie, aide-moi ! Ô Marie, viens à mon secours, moi aussi je veux rester vierge, je veux imiter tes vertus ! »

Elle répandit la dévotion à la Vierge Marie par la prière du rosaire : elle obtint du curé Reichard la permission qu’on prie le rosaire à l’église paroissiale chaque dimanche et jour de fête, en réparation des offenses commises envers Dieu ces jours-là. Dans ses extases elle voyait Marie comme médiatrice et reçut la connaissance que tous seraient sauvés par Marie et que la dévotion envers elle s’intensifierait encore.

De la Vierge Marie elle recevait certaines instructions qui, selon ses paroles, étaient sublimes et pleines de consolation.

La congrégation fondée par la Servante de Dieu fut consacrée au Cœur divin de Jésus et au Cœur Immaculé de la Vierge Marie. La Servante de Dieu eut une grande joie lorsque le pape proclama le dogme de l’Immaculée Conception, qu’elle avait prédit huit ans auparavant. Ce jour-là le couvent fut solennellement décoré.

Parmi les autres saints la Servante de Dieu avait une vénération particulière pour saint Joseph, qu’elle considérait comme un protecteur efficace dans les moments difficiles qui menaçaient l’existence de la congrégation faute de moyens.

Elle avait une grande vénération pour sainte Thérèse d’Ávila, qu’elle priait souvent « d’obtenir par son intercession la grâce d’aimer Dieu autant que sainte Thérèse l’avait aimé, et de pouvoir, comme elle, supporter les souffrances corporelles et spirituelles que Dieu daignerait lui envoyer ».

Elle priait aussi saint Alphonse Marie de Liguori, qu’elle tenait pour un guide dans les questions de la vie spirituelle et un intercesseur pour la congrégation.

Après la Vierge Marie, elle avait la plus grande vénération pour saint Louis de Gonzague, dont elle sollicitait le plus souvent l’intercession. Elle affectionnait particulièrement ce saint pour sa pureté évangélique.

Quant aux sacrements, la Servante de Dieu manifesta toujours une grande ferveur envers le Très Saint Sacrement de l’autel. Depuis l’enfance l’église l’attirait beaucoup. Elle passait lentement devant la porte de l’église en répétant : « Loué et béni soit le Très Saint Sacrement de l’autel. » Elle attendait avec impatience sa première communion : « Ô mon Jésus, quand viendra le moment où je pourrai te recevoir ? Ah, à cet instant je tomberais à terre devant toi et je t’adorerais. » Après sa première communion elle éprouva un désir si ardent de recevoir l’Eucharistie qu’elle demanda à son confesseur la permission de communier chaque semaine. Par l’esprit elle était toujours présente au tabernacle. Le curé Reichard put dire : « Au milieu de ses devoirs elle se représentait très vivement l’autel, l’hostie, le calice et les saints rites, elle s’unissait intimement à l’intention et aux prières du prêtre et des servants, et ainsi, partout où elle se trouvait, elle pouvait communier spirituellement, comme si elle avait assisté en personne à la célébration de la sainte messe. »

Pendant sa première maladie elle « éprouvait un ardent désir de communier plus souvent, comme le seul moyen qui pût lui donner la force de se renoncer elle-même et de renoncer entièrement à sa propre volonté, afin d’accomplir uniquement la volonté de Dieu », et le curé le lui permit. Quand elle se rétablit, elle ressentait toujours comme une grâce nouvelle de pouvoir assister à la sainte messe et de s’approcher de la sainte communion. La Servante de Dieu priait beaucoup devant le Très Saint Sacrement et y invitait aussi les autres. Elle-même passait de longues heures en adoration.

Comme supérieure elle introduisit l’adoration perpétuelle dans les communautés qui comptaient plus de quarante sœurs. Dans les communautés plus petites, ou dans celles qui n’avaient pas de chapelle, chaque sœur devait faire chaque jour une heure d’adoration. À ses filles elle disait : « Vous devez avant tout avoir une grande vénération pour le Très Saint Sacrement de l’autel. Même quand vous êtes dans la maison, vous devez penser que vous êtes près de Jésus. Je vous recommande de ne pas faire de bruit. Je souffre quand je vois avec quelle indifférence et quel manque de respect les gens se comportent envers le Très Saint Sacrement de l’autel. »

La Servante de Dieu excellait par sa grande obéissance à l’Église et observait fidèlement ses prescriptions. Son respect pour l’Église se manifestait par le respect envers son chef visible ; elle priait beaucoup pour le pape d’alors, Pie IX, et lui offrait ses souffrances. Elle vénérait les évêques et, dans sa vie personnelle comme dans le gouvernement de la congrégation, elle se soumettait particulièrement à Mgr Räss. Elle estimait grandement tous les prêtres, car elle voyait en eux Dieu lui-même.

« Je tomberais volontiers aux pieds de chaque prêtre, rien que pour qu’il me bénisse. » Mais c’est surtout toute sa vie qu’elle manifesta respect et obéissance complète à son directeur spirituel : le curé Reichard, qui fut appelé à la fondation de la Congrégation des Filles du Divin Rédempteur. À ses filles elle inculquait l’obéissance envers les ministres de l’autel. Les Premières Règles disent : « En tout cas elles doivent rester soumises au curé, qu’elles doivent toujours considérer comme leur supérieur spirituel légitime, quelle que soit sa manière d’agir. »

La Servante de Dieu recevait beaucoup de prêtres qui venaient la consulter et nombre d’entre eux ont attesté combien ses conseils les avaient aidés. Elle parlait des prêtres avec bonté, de leur dignité et de leurs vertus sacerdotales. Elle priait beaucoup pour eux. Ses prières étaient très ferventes.

« Jésus, mon divin Époux, regarde-les d’un regard miséricordieux, ne regarde pas leurs faiblesses. Ô mon amour, un seul mot te suffit : allume en eux le feu de ton amour. Remplis-les de répugnance et d’horreur pour tout ce qui est du monde. Grave dans leur cœur ta douloureuse passion et fais qu’ils abandonnent tout ce qui ne te plaît pas. » Pour les évêques elle offrit toute sa vie dans la souffrance.

L’esprit de foi se manifesta chez elle par la grande souffrance qu’elle éprouva en apprenant la persécution de l’Église à Rome, en France et en Suisse, puis par le désir de la conversion des hérétiques et aussi par l’effort zélé de ramener les âmes égarées dans l’Église catholique, surtout les protestants de son voisinage.

À cette intention elle offrit d’abord ses prières et ses souffrances, plus tard elle envoya ses filles gagner les âmes surtout par la prière et par la pratique des vertus chrétiennes et religieuses. Elle déclara qu’elle était prête à verser son sang et à donner sa vie pour le salut de ceux qui n’ont pas la foi.

La Servante de Dieu Mère Alphonse Marie haïssait le péché et tout ce qui s’opposait à la foi. Écolière, elle évitait les enfants qui tenaient de vilains propos. Elle en pleurait et éprouvait de l’aversion pour l’école. Plus tard, quand un jour au souper elle fut témoin d’une conversation inconvenante, elle préféra rester à jeun ; elle se leva de table et alla dans sa chambre, où elle pria et pleura.

Dans ses extases elle voyait les vices, généraux et particuliers, avec leurs diverses causes. Cette vue lui était douloureuse, voire insupportable.

Pendant tout le souper elle pria et pleura dans sa chambre, et comme le souper avait lieu dans la pièce voisine, elle se boucha les oreilles par précaution, pour ne pas entendre à travers le mur ce dont on parlait. Il lui fut clairement montré comment elle devait réparer ces vices.

« Vois, ma fille », lui dit le Seigneur, « tout cela, c’est toi qui dois le réparer. » Elle soupira et dit : « Ah, quel lourd fardeau ! Que ta volonté soit faite ! »

Au milieu de ces douces joies, la seule pensée de la multitude des offenses dirigées contre Dieu l’attristait. Parfois elle éprouvait des doutes et du découragement à la pensée qu’elle aussi est une pécheresse qui ne mérite pas la grâce de Dieu. En revanche, lorsque la Servante de Dieu, dans ses visions, aidait à la conversion des pécheurs, elle éprouvait une grande joie. Le curé Reichard l’atteste : « Elle vit de nombreuses conversions parmi les ennemis du catholicisme, parmi les schismatiques et les incroyants, à qui Dieu manifesta sa miséricorde. Dans cette vue de la miséricorde et de la puissance de Dieu, elle puisait de nouveau une grande consolation. »

Membre de la confrérie du Cœur divin de Jésus, elle tenait à réparer les péchés d’autrui par ses prières et ses œuvres de pénitence.

Au soir de sa vie elle connut des épreuves particulièrement douloureuses, qui furent pour elle une occasion extraordinaire de manifester la vertu de foi. Pour des raisons politiques, juridiques et économiques, les maisons de Wurtzbourg, de Vienne et de Sopron devinrent indépendantes. Ces épreuves pesèrent durement et cruellement sur la fondatrice, mais Mère Alphonse Marie s’abandonna entièrement à la volonté de Dieu.

La Servante de Dieu voulait partager les effets bienfaisants de la foi avec tous ceux qui venaient à elle. Elle parlait admirablement des choses de Dieu : d’abord à sa famille, puis aux enfants et aux jeunes filles de Niederbronn et plus tard aux nombreux visiteurs qui venaient à elle. Dieu se servit d’elle pour la conversion de beaucoup d’entre eux. L’un des buts de son œuvre était de donner l’instruction religieuse aux personnes sans instruction et aux enfants pauvres. Elle accueillait des enfants pauvres abandonnés et prenait soin d’eux de façon qu’ils reçoivent l’instruction religieuse nécessaire et puissent faire leur première communion. Elle-même les rassemblait, leur parlait de Dieu et les conduisait à la prière.

Espérance

La certitude que la grâce de Dieu suppléerait à toutes les insuffisances de son cœur

Depuis sa première jeunesse jusqu’à sa mort, la Servante de Dieu n’eut qu’un seul but, qu’un seul objectif : la raison de son être et de son agir fut toujours Dieu seul, en qui elle avait une confiance entière et sans réserve. Le curé Busson demanda un jour à Élisabeth malade : « En quoi consiste selon vous le plus grand bonheur en ce monde, dans la vie et après la mort ? » Elle lui répondit : « En ce que nous n’avons que Dieu. Dieu est tout. Où est Dieu, là est la plénitude, et où Dieu n’est pas, là est le néant. Avoir Dieu en ce monde, c’est au fond le même bonheur que celui des saints au ciel. Sur la terre nous ne pouvons pas nous réjouir pleinement de Dieu, mais cela ne veut pas dire que nous l’aimons moins. »

En tout elle s’efforçait de n’accomplir que la volonté de Dieu. En l’accomplissant elle mettait toute sa confiance en Dieu, tant pour les questions de la vie en ce monde que pour celles de la vie éternelle. « Ô Jésus, en ces jours troublés tu dois aider ton Église. Toi seul peux le faire et tu dois l’aider. Ô Marie, ne refuse pas cette prière. Il y va de l’honneur de ton Fils et de son Église. »

Sans cesse et de toutes ses forces elle s’efforce d’y conduire aussi tous les pécheurs. Son souhait et son désir la poussent à une prière constante et fervente pour la conversion des pécheurs.

La Servante de Dieu Alphonse Marie se tournait vers Dieu dès son enfance et lui présentait ses demandes concernant la vie parfaite. Quand elle voyait passer une religieuse, elle exprimait dans la prière ce souhait : « Seigneur Dieu, accorde-moi la grâce de pouvoir un jour te servir comme cette chère sœur. »

Toute petite déjà, elle répétait sans cesse à Dieu : « Je veux t’aimer. Bon Dieu, tu m’accorderas sûrement la grâce de t’aimer. »

Consciente de sa faiblesse devant Dieu, elle confessait son indignité par ces mots : « Ô mon Dieu, que suis-je, pour que tu m’aies visitée et que tu habites en moi ! »

Elle était cependant si émue et pénétrée de la bonté et de la miséricorde du Sauveur du monde qu’elle espérait fermement qu’il suppléerait par sa grâce à ce qui était imparfait dans son cœur.

La vertu d’espérance se manifesta nettement dans diverses difficultés.

Au temps de la sécheresse que la Servante de Dieu traversa pendant sa première maladie, elle fut poursuivie par la pensée que tous ses actes de piété n’avaient pas la qualité requise pour être méritoires et qu’aux yeux de Dieu ils étaient des péchés. Elle croyait être devenue un objet de répulsion, de haine et de malédiction, et n’avoir donc plus le salut assuré. Dans un trouble si terrible, elle s’efforçait de s’approcher de Dieu et disait : « Même si tu m’as abandonnée, moi je ne t’abandonnerai pas. Je ne veux rien faire qui ne te plaise pas. »

Ballottée par les doutes sur la bonté et la miséricorde de Dieu, elle se tournait vers Jésus : « Ô mon Jésus, je crois en toi, j’ai confiance en toi et je veux t’aimer. » Et par ces paroles elle exprimait la foi, l’espérance et la charité.

Lors de la fondation de la congrégation, elle éprouvait souvent l’effroi de sa propre misère et de sa faiblesse. Le curé Reichard écrit à ce sujet : « Elle était entièrement convaincue qu’il faut tout remettre à la sainte volonté de Dieu, et pour les questions de l’institut elle se réfugiait dans la prière auprès du Cœur divin, avec qui elle prenait conseil de tout. Elle attendait constamment le secours de Dieu, confiante en sa miséricorde. »

Cette confiance, elle l’inculquait aussi aux autres. Le curé Reichard écrivit dans une lettre à Mgr Räss : « Elle n’a que confiance en la miséricorde de Dieu et inculque la même confiance à tous ceux qui parlent avec elle. »

Les instructions qu’elle donnait à ses filles sont pleines d’exhortations à la confiance : « Que toute votre confiance repose sur la miséricorde de Dieu et uniquement sur les mérites de Jésus-Christ, notre Divin Rédempteur. »

La confiance en Dieu dans les situations difficiles est l’un des traits principaux de sa grande vertu. Dans toutes les difficultés elle persévéra dans la confiance et la prière. Elle fit même vœu de ne chercher de consolation qu’auprès de son Divin Époux.

« Mon Jésus, disait-elle, je veux faire tout ce que tu me demandes, mais viens toujours à mon secours par ta grâce ; c’est en toi que je mets ma confiance. »

Par la confiance elle triompha des attaques manifestes du démon.

La Servante de Dieu étonnait son entourage par sa paix et sa sérénité malgré les difficultés et les devoirs qui découlaient de sa charge. De nombreux témoins le confirment. Le curé Reichard écrivit : « La souffrance causée par la faiblesse n’a jamais troublé sa ferveur et sa paix. Rien ne la démonte, rien ne peut la troubler, fût-ce un court instant. En toute affaire elle demande le secours de Dieu et lui confie chaque chose comme étant la sienne. Elle est sérieuse et digne ; on remarque toujours en elle une douce sérénité qui attire et charme les gens. »

Dans une de ses allocutions Mère Alphonse dit : « Je porterai ce lourd fardeau aussi longtemps que le Seigneur Dieu le voudra, car je l’ai pris sur moi par obéissance à sa sainte volonté. » Le curé Busson atteste de même : « Elle est toujours la même, rien ne change dans sa conduite, elle a toujours la même douceur, la même affabilité, le même soin et la même circonspection, elle a toujours le même zèle. Elle veut que l’esprit de l’institut soit conservé partout. »

Même lorsqu’elle dut supporter diverses épreuves – souffrances corporelles et spirituelles, mépris et contrariétés –, son âme fut toujours sereine et joyeuse. Comme elle le dit elle-même : « Dans la souffrance je me rappelais sans cesse la promesse que j’avais faite à Dieu dès mon enfance : que je voulais garder la pureté du cœur, que je voulais atteindre la sainteté et qu’en tout je voulais accomplir la sainte volonté de Dieu. Dans la souffrance je me disais donc : ,Je souffrirai volontiers, pourvu que j’obtienne cela.‘ »

Le curé Reichard en dit : « Sa souffrance corporelle est extrêmement douloureuse, mais elle éprouve une telle joie que, s’il était possible de la délivrer de cette souffrance, elle ne le permettrait pas. »

Dans ses allocutions à ses filles, Mère Alphonse dit : « Votre souffrance ne devrait attrister ni votre visage ni vos pensées. La souffrance peut rendre l’âme heureuse déjà en ce monde. J’ai connu la souffrance de toute sorte. Je peux vous assurer qu’une âme qui sait s’y abandonner et l’accepter comme son partage est heureuse. Oui, heureuse. Elle ne voudra plus vivre un seul instant sans souffrance. »

L’espérance de la Servante de Dieu s’épanouissait surtout lorsqu’elle reconnaissait la volonté de Dieu, quelle qu’elle fût. Elle se laissait emporter par elle avec une entière confiance que cette volonté, même si elle paraissait dure à la nature humaine, était pourtant le plus grand bien tant pour elle-même et pour son œuvre que pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.

Depuis sa première jeunesse jusqu’à sa mort, la Servante de Dieu Alphonse Marie évita tout ce qui pouvait séduire ses sens, se détourna résolument des fausses valeurs, méprisa toutes les vanités du monde et fixa son regard uniquement sur Jésus-Christ et la vie éternelle. Toute petite déjà elle quittait le jeu rien que pour prier. À sept ans elle disait ne vouloir de ses parents aucun cadeau, elle voulait seulement devenir sainte. À douze ans germait dans son âme le désir de la vie religieuse et elle ressentait un fort besoin de se détacher entièrement du monde : « Sans cesse je priais le Seigneur Dieu de me préserver du monde. » Elle voulait protéger ses filles de tous les pièges du monde : « Vous ne trouverez ni consolation ni joie en Dieu tant que vous les chercherez dans le monde. Vous portez l’habit religieux pour montrer au monde que vous êtes mortes pour lui. Gardez-vous des paroles inutiles et surtout de celles qui concernent les choses du monde. » Sur ce thème nous pourrions citer encore beaucoup d’autres de ses paroles. Le motif de la disposition d’Élisabeth à souffrir était la perspective de la béatitude éternelle. À ses filles elle disait : « Comment pourrions-nous hésiter à accepter la croix, à nous y attacher entièrement pour un certain temps ici-bas, quand la récompense doit être la béatitude éternelle ? Dieu prend soin de nous bien plus qu’un père de ses enfants et avec bien plus de tendresse qu’une mère, ne nous plaignons donc jamais si la souffrance nous visite. Accueillons-la avec joie et soumission, et ainsi nous serons certaines de goûter une douce paix et d’acquérir de grands mérites pour l’éternité. Que la mort sera douce et agréable pour une âme qui s’est unie sans cesse à son Divin Époux ! Mes enfants, maintenant tout est difficile au service de Dieu – je le sais par ma propre expérience –, mais ayez courage et pensez souvent à votre dernière heure. Pour votre amour de Dieu, que la pensée du ciel vous donne toujours du courage. Est-il si dur de se mortifier quelques années, quand vous vous représentez cette délectation infinie qui attend au ciel les âmes mortifiées ? Mes enfants, c’est pour nous le temps des combats, du travail et des sacrifices. Crucifions le vieil homme. Se transformer en un homme nouveau est douloureux, mais quelle consolation et quelle gloire nous attendront ! »

La Servante de Dieu appelait à l’espérance, surtout ceux qui souffrent, ceux qui doutent, les pauvres et les pécheurs. C’est sur eux qu’elle dirigeait tout son amour. De nombreux visiteurs ont attesté qu’elle leur parlait de la miséricorde et de la bonté de Dieu avec une telle force que cela les touchait au fond du cœur. Le but de son œuvre était en effet d’apporter cette espérance suprême aux personnes sur leur lit de mort et d’assurer les malades et les mourants que Dieu veille sur eux comme un Père. Au début de son œuvre la Servante de Dieu accomplit elle-même les premières de ces œuvres de miséricorde et apportait à chaque souffrant des paroles remplies d’une telle consolation qu’elle gagnait ainsi tous ceux qui l’entouraient.

Dans la vie de la Servante de Dieu la vertu d’espérance est étroitement liée à la foi : toutes deux donnent à sa vie spirituelle authenticité et ferveur, ce qui la conduit au don total à Dieu. De la foi et de l’espérance la Servante de Dieu tirait la force d’aimer Dieu sans condition.

Charité

L’amour de Dieu – la recherche constante de Dieu

Dès la plus tendre enfance la Servante de Dieu manifesta un grand amour de Dieu. Cet amour ne cessait de croître dans son âme, animait et remplissait toutes ses paroles, ses pensées et ses actions. Elle était profondément et sans interruption unie à Dieu ; rien ne pouvait détourner son attention de Dieu.

L’amour que la Servante de Dieu vécut envers Dieu a sans aucun doute un caractère exceptionnel. De toutes ses forces elle tendait à un amour de Dieu toujours plus parfait, toute sa vie elle s’efforça d’en vivre et elle se laissa sans cesse transformer par cet amour de Dieu. À sa manière elle vécut « héroïquement » selon le commandement : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force » (Dt 6,5 ; Mc 12,30).

L’amour du prochain – l’amour de Dieu, source de l’amour du prochain

Toute petite déjà, elle répétait à Dieu avec une douce délectation : « Je veux t’aimer, je t’aimerai, je ne veux désirer que ta sainte volonté. Bon Dieu, tu m’accorderas sûrement la grâce de t’aimer, de n’aimer que toi et d’accomplir toujours et en tout ta sainte volonté. »

En même temps elle sentait en elle grandir le désir de « devenir sainte ». À huit ans elle craignait de ne pouvoir aimer Dieu suffisamment et se posait la question : « Mon Dieu, serai-je capable de t’aimer toute ma vie et de faire toujours ce qui te plaît ? » D’après les documents conservés nous pouvons confirmer que ces dispositions se développèrent en elle à mesure qu’elle mûrissait. Les documents attestent que dans ses prières elle demandait souvent la grâce d’éviter tout ce qui pourrait la séparer de Dieu. Lorsqu’elle traversa une période de sécheresse particulièrement douloureuse, il lui semblait que Dieu l’avait abandonnée. Avec abnégation elle disait pourtant à Dieu : « Même si tu m’as abandonnée, moi je ne t’abandonnerai pas. Je ne veux rien faire qui ne te plaise pas. Non, vraiment je ne le veux pas. »

Dans les Premières Règles se trouve la recommandation pressante de tout accomplir par amour de Dieu, afin que nous ne soyons pas comme une cymbale retentissante, ainsi que l’écrit l’apôtre Paul.

Toutes les conversations de la Servante de Dieu concernaient Dieu. Il n’était pas possible de parler avec elle d’autre chose que de Dieu et du bien des âmes. Comme elle le dit elle-même : « C’est pour moi une consolation et une grâce indescriptible de ne pouvoir parler d’autre chose que des choses qui servent à la gloire de Dieu et au salut des âmes. »

Elle fit vœu de ne parler avec les gens que des choses de Dieu ou des choses qui concernent le salut des âmes. Le Père Amhard, rédemptoriste qui lui rendit visite, dit qu’elle parlait des choses de Dieu avec une facilité extraordinaire.

Un trait marquant de la spiritualité d’Élisabeth Eppinger est l’amour de Jésus-Christ. Dès sa plus tendre enfance elle donna à Jésus la première place. Quand quelqu’un parlait de la Passion, elle écoutait toujours attentivement et pouvait ainsi l’approfondir peu à peu. Elle confia qu’à quatre ans elle entendit une conversation sur la Passion du Christ et que la pensée de la souffrance que Jésus dut endurer l’émut au point qu’elle se mit à pleurer. Sa complaisance dans le Christ crucifié ne la quitta plus jamais, et dans les moments de plus grande souffrance elle serrait dans sa main un petit crucifix. Les leçons de religion laissèrent en elle une profonde impression. La méditation fréquente de la souffrance du Christ crucifié la conduisit à vivre ce mystère plus profondément encore. Il faut dire aussi que la paroissienne Élisabeth, qui participait avec ferveur à la célébration de la liturgie, nourrissait cette piété par les rites de la Semaine sainte, par le chemin de croix ou par la dévotion au Cœur divin.

Il est étonnant que la jeune Élisabeth ait développé très tôt le sens de la valeur expiatoire de la souffrance du Christ ; elle y voyait l’expression de l’amour du Christ pour les hommes et disait elle-même que Jésus est mort pour expier les péchés des hommes et obtenir de son Père le pardon des péchés. Elle professait sans cesse sa foi dans le mystère de la rédemption, qui occupait une place centrale dans sa méditation et sa piété.

Un autre trait caractéristique de la vie spirituelle de la Servante de Dieu est son désir d’une union intime avec le Christ. Elle exprime cette attitude de diverses manières. Quand elle parle de la prière, elle exprime le désir d’être devant Jésus et de magnifier et louer son nom tout le jour.

À la sainte communion cette demande lui vient à l’esprit : « Mon Jésus bien-aimé, maintenant je t’ai dans mon cœur. Je t’ai désiré si longtemps ! Maintenant tu resteras sûrement dans mon cœur. Vois, je me donne tout entière à toi. Tu orneras sûrement mon cœur des vertus qui te sont les plus chères. Je ne veux plus jamais t’offenser, aide-moi donc toujours, mon Jésus. Marie, ma Mère, viens et aide-moi à adorer Jésus que je viens de recevoir dans mon cœur. » Ainsi exprimait-elle le sentiment de la présence du Christ en elle et aussi le désir que sa présence demeure.

Elle s’exprime aussi plus mystiquement quand elle parle du Christ comme du Divin Époux : nous arrivons ici à l’union d’amour. À l’époque où elle vivait selon le modèle de la virginité sous la conduite du curé Reichard, elle pouvait se considérer comme une « vierge consacrée ». Plus tard, devenue membre de la Congrégation du Très Saint Sauveur, elle put s’approprier le titre d’épouse du Christ et appeler ainsi les autres sœurs de la congrégation.

Les Premières Règles indiquent que Mère Alphonse Marie est très sensible « à l’amour miséricordieux de Jésus, qui guérit les malades et écoute attentivement les détresses de ceux qui crient vers lui du fond de leur misère ».

Et enfin l’idée du « Christ vivant en moi », que l’on peut lire entre les lignes en bien des endroits, est clairement exprimée dans les Premières Règles : « L’esprit des Filles du Divin Rédempteur doit être l’esprit de Jésus-Christ et doit animer et remplir les sœurs de la congrégation à un tel degré qu’on puisse le voir dans toutes leurs actions et leurs paroles. En un mot, il faut qu’elles puissent dire avec l’apôtre : ,Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi.‘ »

L’amour ardent d’Élisabeth Eppinger pour Dieu se manifeste surtout par sa ferveur pour la prière et par le grand don de l’oraison contemplative. À quatre ans déjà elle éprouvait de la joie à prier ; à sept ans elle priait longuement les bras étendus ; sans négliger le travail, elle cherchait chaque occasion de se retirer dans la solitude et de prier. « Je me sentais fortement attirée par la prière intérieure et par une union incessante et intime avec Dieu » (à 12 ans). « Je m’efforçais de rester en conversation incessante avec Dieu tout au long de la journée » (à 17 ans).

Le curé Reichard témoigne : « La nuit elle se levait de son lit, se mettait à genoux et passait de longues heures en prière. » Le curé Reichard indique aussi qu’après la première période de maladie et de sécheresse elle éprouve une facilité extraordinaire à parler avec Jésus-Christ. Elle lui exprime ouvertement ses sentiments d’amour et de dévouement. Elle lui demande ce qu’elle doit faire pour lui plaire. Elle lui confie toutes les tentations auxquelles elle est exposée dans le monde et toutes les menaces auxquelles elle fait face, ce qui la distrait pendant la prière, et toutes ses faiblesses spirituelles. Mais c’est surtout pendant la troisième maladie que le Seigneur l’éleva à un haut degré d’oraison contemplative et à l’état d’extase. Le curé Reichard indique : « Ses conversations avec son Divin Époux sont maintenant si intimes que, pour ce qui est des choses extérieures, elle est comme morte et insensible. Elle prie surtout pour le salut des âmes, et avec une telle complaisance qu’elle s’oublie entièrement elle-même et ne prête aucune attention à sa souffrance. »

Nous pourrions citer plusieurs autres déclarations de ce genre. La Servante de Dieu parlait sans cesse de la prière à ses filles : « Mes enfants, il m’a été donné d’éveiller dans vos cœurs le goût des conversations intimes avec Dieu. Adorer Dieu et le remercier sans cesse – quelle sublime activité ! Quelle indescriptible béatitude ! Vous êtes venues ici pour vivre la vie de Jésus-Christ, une vie mortifiée, crucifiée selon notre Divin modèle. Étudiez-le sans cesse, méditez-le jour et nuit, pour conformer votre propre vie à la sienne. »

La première manifestation de l’amour de Dieu que nous voyons chez la Servante de Dieu Alphonse Marie fut la fuite du péché, à l’âge de quatre ans.

« Si c’est un péché, je ne veux plus le faire, je ne veux pas offenser le Seigneur Dieu ! »

Dès cet âge commence son combat, qui deviendra acharné ; elle poursuit le péché en elle-même et autour d’elle : « J’avais une telle horreur du péché que j’éprouvais de la répugnance envers les gens qui juraient ou commettaient quelque autre péché. »

Le curé Reichard en témoigne : « Elle entendait le blasphème et la révolte contre Dieu, elle ne pouvait s’arracher à de telles scènes, il fallait la contraindre par force à cesser. Elle souffrait beaucoup en voyant les hommes offenser Dieu. Elle était constamment poussée à prier en soupirant, mais en même temps elle sentait dans son cœur la paix, le contentement et une confiance filiale infiniment profonde envers Dieu. »

La Servante de Dieu n’avait pas seulement horreur du péché, mais s’efforçait d’éviter toute imperfection, surtout quand il s’agissait de la prière et de la réception des sacrements. Comme elle le dit elle-même : « Je me représentais la présence de Jésus. Dès ce moment je commençai à lutter sérieusement contre les distractions pendant la prière. Je n’osais plus regarder autour de moi, ni m’agenouiller négligemment, ni tenir les mains jointes avec négligence. Aussitôt je me représentais la présence de Dieu dans son infinie majesté. » À douze ans elle éprouva un fort désir de bien se préparer à la première communion et lutta donc contre sa plus grande imperfection. Le curé Reichard parle plus tard de l’intensité avec laquelle elle priait avant la communion, du fait qu’elle était ensuite en profonde méditation et de la façon dont Dieu se donnait alors à connaître à elle. Quand elle donnait à ses filles des indications sur la manière de bien prier et de s’approcher de la communion, elle leur recommandait ceci : avant la communion, la mortification, la lecture spirituelle et surtout l’amour du prochain.

« Gardez-vous cependant d’aller au banquet du Seigneur si votre âme nourrit volontairement des sentiments peu charitables envers le prochain. »

Elle leur demande de se préparer soigneusement à recevoir le sacrement de la réconciliation. Son enseignement sur la méditation et la lecture spirituelle : « Nous ne devons pas désirer la connaissance, mais attendre de Dieu la grâce, le secours, la lumière. Nous devons toujours avoir devant les yeux la gloire de Dieu, le salut des âmes et la grâce d’accomplir sa sainte volonté à la lettre. »

Pour plaire à Dieu et lui prouver son amour, la Servante de Dieu Alphonse Marie accomplissait des œuvres de mortification et de pénitence. À sept ans elle se privait à table de ce qu’elle aimait. Vers treize ans elle ressentit le besoin de la mortification corporelle.

« J’éprouvais un fort désir de m’exercer à des actes de pénitence corporelle. Je commençai à m’agenouiller pour prier sur une surface dure. Les larmes aux yeux je disais : ,Ô mon Jésus, donne-moi la grâce de ne pas passer une seule heure du jour sans t’aimer !‘ »

Elle se mortifiait au travail des champs, pensant aux gouttes du sang de son Sauveur et priant ainsi : « Mon Jésus, maintenant tu me donneras sûrement ce que je te demande ; tu me feras sûrement connaître ce que je dois faire pour te réjouir et ne pas t’attrister. »

Parfois aussi elle dormait sur la dure. Dans cette mortification elle se soumettait parfaitement à son confesseur. Elle se mortifiait aussi intérieurement : « Dans mes pensées je cherchais de petites mortifications que je pourrais accomplir au travail ou en allant au travail, dans l’intention d’obtenir de Dieu la grâce de l’aimer toujours davantage. »

Elle enseignait à ses filles à pratiquer la mortification extérieure et intérieure et leur en donnait constamment l’exemple.

La Servante de Dieu désirait l’humiliation, les contrariétés et le mépris. Elle songeait à entrer en religion « pour pouvoir être la toute dernière ».

« Mon Dieu, permets-moi de souffrir encore davantage, je veux souffrir avec toi. »

Toute sa vie elle dut supporter le mépris et diverses contrariétés ; d’abord à cause de ses extases, ensuite à cause de son œuvre, qu’on jugeait insensée et irréalisable. Elle supporta tout et ne se plaignit jamais.

« Vois, ma fille, quand une âme se comporte ainsi, je lui ouvre mon cœur. Je lui fais connaître mon amour pour elle, je lui montre ma relation d’amour avec elle et aussi combien il serait dangereux pour elle que je lui donne ce qu’elle attendait de moi, et combien ces épreuves et ces contrariétés lui sont utiles. Je la laisse pénétrer dans ma sollicitude et ma protection paternelles. Je lui donne la connaissance d’elle-même. »

Le Père Amhard, CSsR, put dire d’elle : « Elle avait un grand désir de l’humiliation et de la croix. »

Ses allocutions à ses filles en étaient toujours marquées : « Mes enfants, acceptez volontiers les humiliations à l’exemple des apôtres, qui se réjouissaient d’être dignes de supporter le mépris et l’opprobre pour le nom de Jésus-Christ. »

La Servante de Dieu Mère Alphonse Marie fortifiait son amour brûlant par la dévotion à la Passion de notre Seigneur. Nous pouvons dire que dès l’âge de cinq ans elle la méditait sans cesse, et que la souffrance était un besoin profond et nécessaire de son âme. Ainsi cherchait-elle à accroître son amour et comprenait-elle en même temps toujours mieux l’infinité de l’amour de Jésus pour nous, ce qui la conduisit à éviter le péché à tout prix avec un saint zèle et à se mortifier. Après de dures épreuves elle parvint enfin au point où elle désirait la souffrance comme une grâce insigne et ne pouvait plus vivre sans souffrance. Sur une inspiration d’en haut elle imposa à ses filles le devoir de méditer chaque jour la Passion de notre Seigneur.

Elle leur répétait sans cesse que la souffrance bien supportée est le moyen le plus sûr de progresser dans la sainteté.

« Ne perdons jamais de vue Jésus crucifié », disait-elle : « comme il est doux et agréable de vivre et de mourir dans les plaies de Jésus crucifié. »

La Servante de Dieu Mère Alphonse Marie aimait Marie d’une manière particulière. Dès la plus tendre enfance, à trois ans, elle se sentit touchée par la tendresse de la Mère céleste et dès lors elle confia tous ses besoins à Marie. Elle désirait parvenir à Dieu et à Jésus-Christ par Marie. Elle lui demande surtout de lui conserver l’âme dans la pureté. Elle désire imiter Marie dans toutes les vertus, et par leur pratique cette pureté se développe en elle.

« Sans cesse je me recommandais à la protection de la bonne Mère de Dieu. »

De Marie elle attend qu’elle lui obtienne la grâce de suivre Jésus comme son épouse dans la vie religieuse. Elle a une grande dévotion à l’Immaculée Conception.

« Je répétais souvent cette prière : ,Par la puissance de ta sainte virginité et de ton immaculée conception, ô Vierge très pure, purifie mon cœur et mon corps.‘ »

Elle désirait et espérait que Marie soit toujours vénérée et plus aimée encore dans le monde chrétien.

« Tout sera sauvé par Marie », répétait-elle. Elle voulait que ses filles prient et méditent le rosaire chaque jour. Sa dévotion ne s’arrête cependant pas à Marie : c’est par la Vierge Marie que la Servante de Dieu veut venir à Dieu et à Jésus-Christ, pour vivre en union avec eux.

Le curé Reichard, confesseur de la Servante de Dieu, et Mgr Räss, à qui elle soumettait toute sa conduite, ont attesté la pureté de sa conscience. Le curé Reichard dit : « Il est vrai que pour cette âme angélique, que pas une seule pensée impure n’assaillit durant sa vie, ce fut un véritable supplice de devoir, sur la base d’une révélation divine, dévoiler les péchés contre la pureté à beaucoup de gens qui venaient à elle. »

Mgr Räss indique : « Rien ne me permet de supposer qu’elle ait été remplie d’un autre esprit que celui de Dieu. »

Sans cesse elle appelait à la glorification de Dieu, et non seulement ses proches et les nombreux visiteurs à qui elle parlait avec beaucoup de ferveur, mais aussi toutes les âmes pour lesquelles elle priait Dieu avec intensité.

« Mon doux Jésus, aie pitié de cette paroisse. Fais que tous les paroissiens reconnaissent les grâces que tu leur as accordées. Jésus, sois miséricordieux surtout envers les parents, éclaire-les pour qu’ils prennent davantage soin des âmes de leurs enfants. Aie pitié de la jeunesse, donne aux jeunes un plus grand amour des vertus et de la piété, embrase-les de ton amour. Mon désir constant et tous mes vœux tendent à ce que tous les hommes vénèrent le nom du Seigneur et qu’ils le connaissent mieux. »

Elle était dotée de grâces extraordinaires. Souvent elle tombait en extase, et toujours après celle-ci et parfois pendant, elle était plongée dans une prière intense et éprouvait le désir d’offrir un sacrifice pour la cause qui lui avait été révélée. Cet état fut régulièrement constaté chez elle par le curé Reichard, il fut examiné plusieurs fois par les autorités ecclésiastiques et toujours qualifié d’état surnaturel. Elle avait le don de lire dans les cœurs et de dévoiler les actes et les pensées secrètes, afin d’amener la personne à la conversion. Beaucoup de sœurs ont attesté l’avoir vue soulevée de terre en état d’extase.

La Servante de Dieu manifesta la force de son amour d’une manière extraordinaire. Elle était si unie à Dieu que rien ne pouvait l’en arracher. Sa force physique augmentait parfois dans des circonstances qui auraient dû au contraire l’affaiblir : les visites incessantes, les souffrances corporelles et spirituelles, le peu de nourriture. Plus elle doit souffrir, plus grandissent sa confiance et sa paix. Avec la permission du curé Reichard elle fit des vœux qu’elle accomplit héroïquement. Dans toute sa vie on ne peut trouver un seul cas d’où l’on pourrait conclure qu’elle ne les ait pas observés avec une stricte fidélité. La force de son amour se manifeste surtout en ce qu’elle entreprit une œuvre entièrement pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, sans aucun moyen humain, et qu’elle la poursuivit inlassablement malgré diverses difficultés jusqu’à sa mort.

Elle excellait par son union ininterrompue avec Dieu. Il en existe de nombreux témoignages de personnes qui l’ont connue. Elle-même déclara : « Il ne se passe pas une minute sans que j’aie devant les yeux mon Divin Époux et que je pense à lui, et en même temps je lui demande toujours quelque chose. » Le curé Reichard confirme : « Son union avec le Divin Époux et ses conversations intimes avec lui sont ininterrompues, elles durent même pendant ses devoirs quotidiens. »

Le curé Busson indique : « Elle était plongée dans une profonde méditation. Elle s’occupait sans cesse de Dieu, l’adorait et l’aimait dans chaque action. »

Dans les Premières Règles se trouve un passage qui exprime la pensée profonde de Mère Alphonse Marie sur le véritable fondement de l’amour du prochain : « Pour que nous fassions une bonne œuvre avec ferveur et qu’elle devienne méritoire aux yeux de Dieu, nous devons l’accomplir par amour de Dieu. Sans cette intention tout est vide et froid, car tout motif naturel qui nous pousse à faire le bien est faible et ne peut apporter de mérites surnaturels. ,Quand je ferais le bien, si je n’avais pas la charité, je serais comme un airain qui résonne et une cymbale qui retentit‘, dit saint Paul (cf. 1 Co 13,1). Et saint Jean dit : ,Celui qui n’aime pas demeure dans la mort‘ (1 Jn 3,14). L’amour que ces deux apôtres décrivent comme motif du bien n’est pas seulement l’amour du prochain, mais en même temps l’amour de Dieu. L’amour du prochain et l’amour de Dieu forment un tout ; on ne peut les séparer l’un de l’autre. Le fondement de l’amour du prochain doit toujours être l’amour de Dieu ; nous devons aimer le prochain par amour de Dieu. »

La Servante de Dieu nourrissait son amour du prochain d’un amour de Dieu sans réserve. Elle pensait sans cesse à la manière dont elle pourrait contribuer au salut du corps et de l’âme par amour de Dieu. Le désir de faire du bien au prochain et de lui transmettre Dieu, le Bien suprême, naquit en elle dès la plus tendre enfance et de diverses manières elle s’efforça de l’accomplir toute sa vie. Elle déclara que pour le salut d’une personne elle était prête à sacrifier non seulement tous les biens terrestres, mais même sa propre vie, et à souffrir tout ce que Dieu permettrait.

Avant même la fondation de la congrégation, la Servante de Dieu était membre du Tiers-Ordre de saint François et membre de la confrérie du Cœur divin de Jésus. Le curé Reichard introduisit aussi le service de la visite des malades, auquel Élisabeth Eppinger participa activement dans les périodes où la santé lui revenait.

Dès son jeune âge elle se souciait de la sanctification de son prochain. Elle manifesta ce zèle dès l’enfance et l’adolescence envers ses proches : envers ses parents et ses frères et sœurs, les domestiques, les enfants avec qui elle jouait, ses camarades d’école et ses amis. Elle s’efforçait constamment de les amener à fuir le péché, à aimer Dieu et à pratiquer les vertus, et cela malgré les moqueries et les insultes.

L’amour de la Servante de Dieu visait avant tout le salut du prochain. Elle priait inlassablement pour les pécheurs et travaillait à leur conversion. Elle disait : « J’éprouve une grande tendresse pour les pécheurs ; je vois en eux des créatures de Dieu et l’objet de son amour. »

Le curé Reichard atteste : « Elle se sent constamment attirée par une force irrésistible vers Dieu comme son Sauveur, et de même elle désire sans cesse et avec la même force lui amener tous les pécheurs. »

Plus tard aussi, pendant la troisième période de maladie, elle garda cette intention, recevant toute la journée une multitude de visiteurs, sans égard à la fatigue. Elle ne leur parlait que de Dieu et de la sanctification de leur âme. Enfin elle attisa ce zèle, qui brûlait dans son âme, chez ses filles également : « Aucun effort, aucune peine, aucun sacrifice ne doit vous être pénible quand l’amour du prochain l’exige. »

La rencontre avec la Servante de Dieu suscita de nombreuses conversions. Le curé Reichard atteste : « Chacun repartait de chez elle ému jusqu’aux larmes. »

Le curé Glöckler indique : « Elle fait une impression bienfaisante et chacun repart d’elle profondément touché et prend des résolutions salutaires pour toute sa vie. »

Le curé Busson décrit : « Des foules entières de visiteurs repartaient de chez elle le cœur apaisé. Les uns trouvaient consolation dans leurs épreuves, d’autres étaient prêts à abandonner une vie désordonnée, d’autres encore se fortifiaient dans la pratique du bien. »

Beaucoup d’âmes remplies d’angoisse, d’inquiétude, de doutes et de tentations s’adressaient à la Servante de Dieu et trouvaient auprès d’elle lumière, apaisement et force, et en ont témoigné. Elle leur disait que dans de telles épreuves il ne faut pas se décourager, mais élever le cœur vers Dieu avec confiance et n’attendre de secours que de lui.

La Servante de Dieu se consacrait à l’instruction des personnes sans instruction et surtout des enfants pauvres moralement délaissés. Elle les rassemblait elle-même pour pouvoir leur parler de Dieu et leur apprenait à prier, et tout cela avec une grande ferveur. C’était l’un des buts de son œuvre : instruire ces enfants jusqu’à la première communion.

Dès le début de la congrégation la Servante de Dieu accueillit des enfants pauvres des villages appartenant à la paroisse de Niederbronn. Ces enfants recevaient chaque matin le petit-déjeuner et à midi le repas. Leur nombre augmenta rapidement : après le premier mois ils étaient vingt-cinq, quelques mois plus tard déjà quarante-deux. À la plupart des enfants elle fournit aussi des vêtements.

Mère Alphonse Marie voulait que ses filles accueillent les enfants dans leurs maisons, leur donnent nourriture et vêtement, veillent attentivement du matin au soir sur leur conduite et forment leur cœur à la vertu. Elle voulait que les jeunes filles de 14 à 18 ans soient arrachées au danger de l’oisiveté et que ses filles leur apprennent à travailler. De nombreux conseils municipaux rendirent hommage à leur travail bien fait.

La Servante de Dieu dirigeait son amour vers les pauvres et les malades : c’est pour eux qu’elle fonda son œuvre. Elle était très sensible à leurs besoins et enseignait à ses filles comment les aider. Au début elle leur apportait elle-même son aide, pour donner l’exemple à ses filles. Elle voulait que, parmi les malades qui cherchent le secours des sœurs, les pauvres aient la priorité. Les dons des riches elle les distribuait aux pauvres, afin que ces dons servent à rapprocher et à réconcilier tous sans distinction. Elle voulait que ses filles voient toujours dans les pauvres le Sauveur souffrant : « L’intention des Filles du Divin Rédempteur doit être le service de Jésus-Christ, personnellement présent en chaque pauvre malade, en se souvenant des paroles du Sauveur : ,Tout ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.‘ »

La Servante de Dieu ne favorisait personne et accomplissait des œuvres de charité envers les plus pauvres et les plus délaissés. Ayant elle-même grandi dans la pauvreté, étant malade et n’ayant rien de ce que le monde estime, elle avait une profonde compréhension des besoins des misérables et était sensible à toute détresse. Toute forme de dénuement, spirituel, corporel ou matériel, éveillait dans son cœur la compassion et la volonté d’y remédier.

Dans une région où catholiques et protestants vivaient côte à côte, elle prenait soin aussi des protestants qui lui demandaient de l’aide, et leur donnait ses soins avec dévouement et amour.

La Servante de Dieu priait beaucoup pour les mourants et pour les âmes du purgatoire. Sur une inspiration du Seigneur elle recommanda aussitôt cette pratique à ses filles également et fixa dans les règles les prières quotidiennes à réciter à cette intention.

Elle eut aussi ses ennemis et ses adversaires, mais lorsqu’elle dut supporter une hostilité déclarée, elle ne prononça jamais de paroles ni ne manifesta de sentiments contraires à la charité. Dans certaines situations elle ne s’opposait que par une déclaration paisible de ses devoirs de supérieure générale. Elle enseignait ce qu’elle pratiquait elle-même héroïquement : « Nous devons continuer à les estimer, même s’ils nous offensent et nous humilient de diverses manières : nous leur ferons encore plus de bien qu’à ceux qui reconnaissent notre bienfait, nous témoignent du respect et nous louent. Tant que nous ne serons pas résolues à tout supporter de notre prochain et à ne pas nous fâcher, nous ne pourrons atteindre la perfection. »

Le curé Glöckler put dire : « Mère Alphonse était toujours sereine et, dans les contrariétés, elle ne se fâchait pas même lorsque la douleur transperçait son cœur blessé et qu’elle ne pouvait plus supporter la haine manifestée. »

Mère Alphonse manifestait à ses filles un amour agissant. Elle ne s’arrêtait ni devant la fatigue ni devant le malaise – puisqu’elle était constamment malade – quand elle les accueillait, les visitait ou les encourageait. Il fallait la supplier de ménager sa santé.

La Servante de Dieu mettait tout en œuvre pour que la paix et la concorde règnent autour d’elle. Quand elle donnait des instructions à ses filles, elle insistait beaucoup sur l’amour fraternel. Ce fut le thème de sa première instruction, ce qui prouve que c’était l’un de ses principaux soucis. Elle disait : « Mes enfants, apprenez à vous supporter les unes les autres en toutes circonstances. Si l’une manque envers l’autre, que l’autre l’oublie aussitôt et témoigne à la première encore plus d’amour que d’habitude, afin que celle qui a manqué ne s’aperçoive même pas qu’elle a attristé l’autre. »

Pendant la dure épreuve causée par l’autonomie des maisons de Wurtzbourg, de Vienne et de Sopron, le curé Reichard put écrire : « La vénérable mère se comporta toujours envers sœur Théophile avec beaucoup d’indulgence et de bonté, même lorsqu’elle dut la reprendre. »

Dieu destina sa servante à une grande œuvre de charité au sein de la sainte Église, et elle répondit héroïquement à la volonté de Dieu. Bien qu’elle vécût dans une union intense avec Dieu, elle déclara : « Je ne veux pas entrer dans un ordre cloîtré, mais je vivrais très volontiers là où je pourrais travailler au salut des âmes. »

Depuis qu’elle connut les desseins de Dieu sur elle, elle ne se laissa arrêter par aucun obstacle humain. Elle exhortait ses filles à manifester un amour héroïque en se donnant par amour de Dieu aux pauvres et aux malades, sans égard à la peine ni à la fatigue et sans égard à elles-mêmes, jusqu’au sacrifice de leur propre vie. En témoignent les lettres qu’elle leur écrivit lorsqu’elle les envoyait soigner les malades atteints du choléra.

Sur cette base nous comprendrons mieux le passage des Premières Règles où est défini le but de l’institut : « L’institut doit aider les pauvres malades dans leur propre demeure, s’ils en ont une, leur donner et leur assurer une nourriture convenable, les médicaments nécessaires et le linge de lit et de corps. Les soins doivent être donnés aussi aux autres affligés qui demandent l’aide de l’institut. Avant tout, l’institut doit se soucier du salut des âmes des pauvres et des malades. L’institut doit accueillir les enfants pauvres abandonnés et prendre soin d’eux jusqu’à ce qu’ils soient suffisamment préparés pour faire leur première communion. »

Ainsi naquit une congrégation qui répondait aux besoins pressants de son temps et qui, en quelques années, se répandit d’une manière incroyable.

Nous prions pour sa canonisation

Priez avec nous

Elle est béatifiée depuis 2018. Pour qu’elle soit déclarée sainte, un miracle par son intercession est nécessaire — ainsi que la prière de ceux qui le demandent.

Si vous avez reçu une grâce extraordinaire par son intercession, veuillez en informer la Postulation. Contact →