Profil spirituel et vertus

Vertus cardinales

Les vertus cardinales – prudence, justice, tempérance et force d’âme dans la vie de Mère Alphonse Marie Si les vertus théologales sont la source de sa vie spirituelle, les vertus cardinales sont la manière dont cette source s’est manifestée dans ses décisions, dans ses relations avec les autres et dans sa persévérance dans l’œuvre de fondation. Les pages suivantes s’appuient sur le document préparé par la congrégation pour le procès de béatification.

Prudence

« N’aie pas peur, c’est mon œuvre ! »

La Servante de Dieu vécut la prudence de façon héroïque, car on ne trouve dans sa vie aucune action qui ait eu un but purement humain. Tout en elle est orienté vers Dieu, vers le salut éternel, vers la sanctification, vers l’honneur qu’il faut préparer à Dieu, vers le salut des âmes. Son effort constant ne vise que cette fin.

Très défiante d’elle-même, elle chercha dès sa petite enfance lumière et conseils pratiques pour sa conduite auprès d’un guide pieux, sage et prudent, le curé Reichard. Elle eut la grande sagesse de le garder comme directeur spirituel pour la vie, dans la conviction profonde que Dieu le voulait ainsi. Dans ses souffrances intérieures elle essaya, à dix-sept ans, de chercher consolation auprès d’un autre confesseur ; mais elle reconnut vite son erreur et revint au curé Reichard. Dès lors elle suivit ses indications toujours et en tout.

Elle recommandait cette prudence à ses filles également : « Ô mes enfants, si vous compreniez combien il est utile, dans les tentations, de demander sans délai conseil à votre confesseur ou à vos supérieures et de vous conformer volontiers à leur avis ! »

La Servante de Dieu avait une crainte de Dieu très vive et était extrêmement sensible à tout ce qui pouvait troubler la pureté de sa conscience et son union avec Dieu. Elle recourait aussitôt aux moyens les plus directs et les plus sûrs : la prière, la pénitence, la fuite de l’occasion.

Quand, à quatorze ans, elle se livrait aux durs travaux des champs, elle constata qu’elle avait passé des heures sans demeurer en la présence de Dieu. « Après dix jours je me souvins de tout ce que j’avais résolu le jour de ma première communion, et je regardai ma tiédeur. Alors la crainte et la honte s’emparèrent de moi et cela réveilla en moi la ferveur. Je pris les pénitences à mon secours. »

Le curé Reichard témoigne : « Avant tout elle demandait à la Reine des vierges de lui conserver la pureté du cœur, et elle veillait elle-même avec un soin scrupuleux sur ce précieux trésor… Il est vrai que pas une seule pensée impure n’a jamais terni cette âme angéliquement pure. »

Après une lutte persévérante contre son défaut principal – une certaine vivacité de tempérament – elle atteignit à un degré remarquable la retenue et la discrétion, comme l’ont attesté beaucoup de ceux qui l’ont approchée. Elle prenait ses décisions avec pondération, car elle se conformait toujours aux inspirations d’en haut et aux conseils qu’elle recevait – au début de son œuvre comme dans son développement : constructions, ouverture de maisons, relations avec les autorités, choix et discernement des vocations. Bien que le zèle la poussât, elle n’agit jamais avec précipitation ni de son propre chef.

Ce qui lui donnait cet équilibre et cette pondération dans les décisions, c’était son esprit de prière et son union avec Dieu. Le curé Reichard témoigne : « Absolument convaincue qu’il faut tout laisser à Dieu en ce qui concerne la congrégation, elle se plonge dans la prière au Cœur divin de Jésus, pour tout obtenir de lui. » Elle demandait au Seigneur de lui montrer sa sainte volonté dans l’admission des postulantes, et elle entendit le Seigneur répondre : « Ma fille, ta prière me plaît, adresse-toi toujours à moi et laisse-moi tout. »

À ses filles elle donna cette règle : « Au début de ses occupations, que la Sœur du Divin Rédempteur renouvelle sa bonne intention, et qu’elle ait dans toutes ses entreprises une intention droite et pure ; qu’elle commence tout au nom de Jésus et de Marie. »

Quant au but de son œuvre – le soin corporel et spirituel des pauvres et des malades – la Servante de Dieu recommande à ses filles la même prudence en des paroles d’une sagesse admirable :

« Chères enfants, je veux vous mettre en main un bon moyen, avant que vous alliez vers les pauvres et les malades, dans des circonstances difficiles et sans secours, quand vous ne savez pas par où commencer. Je vous conseille de vous tenir quelques instants sous la croix et de prier ainsi : ,Jésus, apprends-moi ce que je dois faire auprès de cette personne, donne-moi les moyens convenables pour accomplir ta sainte volonté auprès de ce pauvre et de ce malade. Ô Jésus, je ne me retirerai pas de toi avant que tu ne m’exauces ; je t’en prie, donne à cette personne grâce et miséricorde.‘ Puis allez avec confiance. Quand je vous recommande la prière intérieure, cela n’entrave pas votre action – au contraire, le bon Dieu vous donnera d’autant plus de perspicacité et de connaissance. »

Elle savait aussi estimer combien d’efforts elle pouvait demander à chacune de ses filles : « Il est bon, surtout au début, de limiter ses résolutions à un temps court, afin de ne pas se décourager soi-même à la vue d’un travail ou d’un engagement dont la durée pourrait effrayer une âme faible ou une novice. »

Dans l’exercice de ses charges, la Servante de Dieu avait le souci constant d’assurer à ses filles des conditions de vie permettant d’observer la règle, mais aussi des conditions matérielles suffisantes pour qu’elles puissent accomplir leurs œuvres de charité régulièrement et efficacement.

« Il fait partie de mes devoirs, dit-elle à un maire, de veiller à la santé de mes sœurs. Je vous prie donc de surveiller cet établissement et de vous y intéresser de telle sorte que la nourriture et le vêtement soient assurés aux sœurs. C’est ce que nous demandons en tous les lieux où elles séjournent. » Et à un curé : « Je veille strictement à ce que mes filles accomplissent le but de leur sainte vocation ; en même temps c’est mon grand souci qu’elles aient toujours – comme dit l’Apôtre – la nourriture et le vêtement nécessaires. »

Mère Alphonse Marie sut toujours unir le travail à la prière. Fille de paysan, elle dit dans sa notice autobiographique de ses premières années : « À cinq ans j’aimais déjà travailler. » Jeune fille, elle se consacra aux devoirs de son état sans aucune négligence – le travail des champs – et, dans ce dur labeur, elle priait et restait unie à Dieu. Ainsi elle apprit par expérience ce qu’elle devait plus tard bien enseigner à ses filles : une vie de prière intense et en même temps l’effort qu’exige le soin des pauvres et des malades. Le curé Reichard put témoigner : « Elle partageait tout son temps entre le travail et la prière, ou plutôt elle priait sans cesse, même en travaillant. »

Elle aimait et vivait une simplicité totale. C’est peut-être ce qui ressortait le plus en elle, et par cette qualité elle frappait tous ceux qui l’approchaient.

Le curé Reichard témoigne : « Le calme et la simplicité avec lesquels elle me communiquait ces révélations m’ont donné de fortes preuves d’une action immédiate de Dieu. » Mgr Räss dit : « J’ai reconnu en elle tous les signes d’une âme privilégiée, d’une noble simplicité et d’une sincérité sans réserve. » L’abbé Busson écrit : « La sincérité, la droiture et l’amour de la vérité sont les traits dominants de sa personnalité. »

Un prêtre : « À peine étais-je entré chez elle que je fus frappé par sa manière ouverte, bien que je m’attendisse à quelque chose de cette pose que l’on rencontre chez les gens qui se croient les favoris du ciel ; dans son comportement je n’ai pu trouver la moindre trace de quelque chose de semblable – il était dépouillé de toute affectation et ne témoignait que d’une douceur angélique et d’une noble sérénité qu’aucun effort ne saurait feindre. »

La prudence de la Servante de Dieu se manifesta clairement dans sa conviction qu’il fallait à tout prix conserver un noviciat unique ainsi que la retraite annuelle à la maison mère, quels que fussent les sacrifices – car elle était persuadée qu’il s’agissait d’une question vitale pour la conservation du bon esprit et pour l’unité de tous les membres. Elle sut lutter et souffrir pour l’observance de ces deux dispositions. Cela lui coûta la dure épreuve de la séparation des maisons de Vienne, de Sopron et de Wurtzbourg – épreuves qui atteignirent sa santé au point qu’elle ne s’en remit jamais.

Justice

Les devoirs envers Dieu et envers le prochain

La Servante de Dieu s’employa de façon héroïque à veiller sur l’honneur de Dieu. Très tôt elle comprit, par une grâce toute particulière, les droits du Créateur sur ses créatures et qu’il faut tout rendre à Dieu. Dès lors elle orienta toute sa vie, toutes ses pensées, toutes ses paroles et toutes ses actions vers cette unique fin.

Le sens du respect dû à Dieu se manifestait clairement dans sa manière de prier, dans son recueillement, dans son attitude humble, dans les mortifications qu’elle s’imposait en toute occasion afin que son attitude fût plus digne de la présence de Dieu – et cette attitude frappait tous ceux qui l’approchaient et les conduisait à Dieu.

Elle avait un grand zèle pour la sanctification du dimanche et souffrait tellement de voir surtout la jeunesse se divertir d’une manière très dangereuse pour l’âme, qu’elle supplia instamment le curé Reichard de permettre le chapelet le dimanche soir. Elle parcourait toutes les maisons de la paroisse pour gagner les gens et les amener à l’église à l’heure convenue. Elle avait coutume d’orner les autels, même lorsqu’elle était très fatiguée.

Elle vénérait Marie d’une dévotion très remarquable. Elle avait une confiance absolue dans la puissance de son intercession et l’invoquait en toute occasion ; elle célébrait ses fêtes avec la plus grande piété – elle consacra sa congrégation au Cœur Immaculé de la Vierge Marie. Elle lui consacra l’autel du premier couvent et fit écrire sur sa porte : « Ô Marie conçue sans péché. » À ses filles elle donna le chapelet comme première règle. Elle leur recommandait de se tourner vers Marie en toutes situations, surtout lorsqu’il fallait obtenir la conversion des pécheurs.

Mère Alphonse Marie vénérait aussi ardemment ses saints patrons : sainte Thérèse et saint Alphonse de Liguori. Sainte Thérèse, elle voulait l’imiter dans son amour de Dieu et dans sa patience dans la souffrance. Saint Alphonse l’inspira pour la forme concrète de son institut, qui devait se consacrer aux plus pauvres et aux plus abandonnés. Saint Joseph, elle le choisit comme premier protecteur et lui confia dès lors tout ce dont elle avait besoin ; c’est à lui qu’était attribué tout secours extraordinaire reçu par la congrégation naissante. Elle vénérait aussi beaucoup son ange gardien.

Au Saint-Père Pie IX elle témoigna des marques de respect, de piété filiale et de dévouement sans réserve, que l’on voit dans ses paroles, dans les prières ferventes et persévérantes qu’elle envoyait au ciel lors des épreuves de la sainte Église en la personne de son chef, et dans les souffrances qu’elle acceptait avec joie pour obtenir au pape persécuté le secours du ciel.

Le curé Reichard témoigne : « L’obéissance parfaite qu’elle vivait elle-même avec tant de fidélité, elle la recommandait aux enfants envers leurs parents, aux paroissiens envers leur curé, aux prêtres envers leurs évêques et à tous envers l’Église catholique, apostolique et romaine. » Elle désirait ardemment l’approbation des statuts par le Saint-Père : « Ô combien je désire et souhaite l’approbation de nos statuts par le Saint-Siège ! Que Dieu écarte tous les obstacles et nous obtienne cette grâce ! » Quand l’approbation arriva, elle manifesta une joie incomparable.

La Servante de Dieu était pleinement consciente de ce qu’elle devait à ses parents – avant tout de lui avoir transmis la foi catholique, de l’avoir instruite des vérités de la religion et de lui avoir donné l’exemple d’une vie honnête et profondément chrétienne. Elle leur témoignait sa reconnaissance par une soumission parfaite en tout ce qui n’était pas contre le commandement de Dieu. Elle leur obéissait quand, sur leur ordre, elle partait travailler le matin, bien qu’elle fût fortement attirée par l’assistance à la sainte messe. Quand elle était malade, elle souffrait de ne pouvoir accomplir sa part de travail et de service pour la famille. Après la mort de son père, elle s’offrit à supporter ce que Dieu voudrait, afin de le délivrer du purgatoire.

La Servante de Dieu accomplissait les devoirs de justice sans acception de personne. Elle voulait que son œuvre fût avant tout au service des pauvres, mais elle ne négligeait pas non plus les riches, qui ont eux aussi leurs misères. Elle recevait tout visiteur avec la même bonté et n’éconduisait personne.

À ses filles elle disait : « Riche ou pauvre, vous m’êtes toutes également chères. Je ne regarde que votre vocation, votre fidélité à répondre aux grâces de Dieu. » Elle ne regardait ni la race ni la nation : « Il faut se souvenir que l’esprit religieux est l’esprit de Jésus-Christ, que cet esprit est le même pour toutes les nations et qu’il peut s’accorder avec le caractère et les usages de tous les peuples. Les soins que les sœurs donnent aux malades sont les mêmes pour l’humanité souffrante dans tous les pays. »

Elle fut toujours généreuse et large. Elle ne permettait pas que les sœurs demandent une rémunération quelconque pour leurs soins. Elle n’exigeait pas de dot des postulantes, n’acceptant que ce qui lui était offert. Les sœurs accueillaient chez elles les pauvres malades abandonnés. Elle faisait distribuer un supplément aux ouvriers. Elle portait ou faisait porter du linge de lit là où les malades n’en avaient pas. Elle distribuait de la nourriture aux pauvres, bien qu’elle-même n’eût pas de réserves.

Elle était bonne envers tous, même lorsqu’elle endurait les plus fortes souffrances. Le curé Reichard témoigne : « Elle est aimable malgré ses souffrances. » « Mère Alphonse Marie souffre, sa bonté est la même, la même amabilité. » Pour chaque service rendu elle témoignait sa reconnaissance.

Dans ses paroles et dans ses actes elle veillait toujours beaucoup à la vérité et à la sincérité. Envers son directeur spirituel elle était honnête et ouverte et ne lui cachait rien, même lorsqu’il lui était extrêmement pénible de tout dire. Elle fit vœu de tout lui ouvrir. Sans cesse elle demandait cette sincérité de conscience : « Donne-moi la grâce de me connaître moi-même et de voir les obstacles que je mets à l’action de ta grâce dans mon âme. Montre-moi ces obstacles afin que je puisse les ouvrir à mon confesseur. »

Elle était vraie aussi envers les personnes qui venaient lui demander conseil et à qui, par une inspiration de la grâce, elle devait montrer leurs vices, leurs abîmes, leurs fautes. Quoi qu’il lui en coûtât, elle ne voilait la vérité en rien – et elle disait tout avec le plus grand amour. De nombreuses conversions suivirent ces ouvertures. Elle était vraie aussi envers ses filles : elle corrigeait leurs fautes sans en atténuer la gravité.

Tempérance

« Sachez que la miséricorde de Dieu est plus grande que toute faiblesse. »

La Servante de Dieu vécut la vertu de tempérance à un degré héroïque. Elle sut tenir ses sens dans une ferme discipline. La grâce de Dieu lui montra très tôt les moyens auxquels recourir et, en correspondant parfaitement à ses inspirations, elle parvint à établir l’ordre et l’harmonie dans ses facultés et à montrer en tout une parfaite mesure.

Les principales occasions de trouble venaient chez la Servante de Dieu de son tempérament, qui inclinait à une certaine vivacité, à l’entêtement et à l’intransigeance. Dès l’âge de six ans elle sentit qu’il lui fallait vaincre cet obstacle pour mieux trouver Dieu.

« Un entêtement violent s’emparait de mon âme quand je n’obtenais pas ce que je voulais – mais cela ne durait pas longtemps. Aussitôt je revenais à moi, je pensais que ce n’était pas bien, je pleurais sur mes fautes et je me disais : Où vais-je aboutir si j’agis ainsi ? Je ne dois pas être désobéissante envers mes parents. »

Dès lors elle le surmonta par l’obéissance, imitant « l’obéissance de l’Enfant Jésus ». Plus tard l’amour de la prière aurait pu la porter à la désobéissance, mais Jésus lui dit : « L’obéissance me plaît davantage. » Elle s’exerçait à traiter de nouveau ses frères et sœurs avec bonté lorsqu’elle sentait l’impatience monter en elle.

Elle parvint à une telle paix que l’abbé Busson put dire : « Elle se plaint des abus et des manquements, mais elle en parle avec regret ; lorsqu’elle insiste parfois sur quelque chose, elle le fait avec regret. Aucune vivacité, aucun reproche amer… Aucun ton de commandement dans ses paroles. Rarement elle donne des conseils. Sa manière de parler est de souhaiter et de demander. »

La Servante de Dieu aimait la pauvreté de son cadre de vie et ne regardait jamais avec convoitise ce qui appartient au confort de la vie. Bien plus : elle évitait tout ce qui aurait procuré une satisfaction à ses sens. Le dur travail des champs, elle l’aimait par amour pour Dieu, qui le lui avait imposé. Comme elle y trouvait l’occasion de se vaincre elle-même, elle cherchait toutes les occasions de faire souffrir son corps : elle se couchait sur une planche, à la prière elle s’agenouillait sur des bûches.

Elle fit vœu de ne prendre aucune nourriture en dehors de ce que permettait son confesseur. Le curé Reichard confirme qu’elle mangeait très peu. Elle voulait que la nourriture de ses filles fût la nourriture des pauvres.

La solitude et le silence l’attiraient très fortement. Enfant, elle avait un besoin constant de se retirer dans un lieu caché pour prier et méditer. « Mon amour de la solitude devenait plus ardent. » Le curé Reichard témoigne : « Elle recherchait de plus en plus la solitude, afin de pouvoir s’entretenir plus librement et avec plus d’amour avec son divin Époux. »

Par une inspiration du ciel elle adopta cette règle de conduite : 1) Parler peu et seulement quand c’est nécessaire. 2) Fermer les oreilles aux propos inutiles. 3) Préserver les yeux de toute curiosité. Sa parole était pleine de retenue et de dignité. Mgr Räss témoigne : « Elle répondait avec une précision et une clarté admirables. Jamais un seul mot superflu, rien d’incertain ni de confus dans ses réponses. »

Dans ses instructions elle soulignait avant tout le silence et la simplicité. « Mes enfants, disait-elle, si quelqu’un veut savoir quel esprit règne dans une maison religieuse, il suffit d’observer si le silence y est bien gardé. »

La Servante de Dieu, dont le défaut principal était l’entêtement, commença aussitôt, là où elle le remarquait, à renoncer à sa propre volonté. « Pour progresser dans la mortification et affaiblir mon entêtement, je cherchais à faire ce qui était contre ma volonté. »

Elle fit de si grands progrès que le curé Reichard put écrire à Mgr Räss : « Elle vit les vertus les plus sublimes, une profonde humilité avec une grande mortification intérieure et extérieure. » Les souffrances intérieures furent son lot et durèrent toute sa vie. Cela lui fut imposé comme une lourde mortification intérieure et elle l’accepta généreusement ; elle n’en laissa rien sentir à personne et y trouva sa paix et sa joie.

Elle dut supporter de nombreuses contradictions ; sa nature sensible et inflexible dut en trembler, mais jamais on ne remarqua chez elle d’agitation ni d’impatience. Les gens de la maison se moquaient d’elle et l’appelaient « la sainte Lisette ». Elle supporta tout avec une patience inébranlable ; le curé Reichard dit : « jamais elle ne se plaignit des propos malveillants, ni ne répondit à aucune des nombreuses insultes qu’on lui jetait à la tête. »

Notre Seigneur lui avait annoncé toutes ces souffrances et contradictions : « Souffre, tais-toi et prie. » Elle observa cette consigne consciencieusement.

Force d’âme

« Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi. »

La Servante de Dieu fit preuve de la vertu de force à un degré héroïque. Selon le monde elle était faible, sans ces biens qui font les forts et les puissants de cette terre – elle était forte de la force de Dieu. La parole de l’Apôtre s’accomplit clairement en elle : « Je puis tout en celui qui me fortifie. »

Elle puisait cette vertu dans l’esprit de foi et dans son ardent amour de Dieu. Ainsi elle devint forte par devoir. D’abord elle cherchait à bien le connaître, elle demandait conseil ; une fois qu’elle avait reconnu ce qu’elle devait faire, elle était inflexible dans l’exécution.

Enfant, elle a conscience qu’elle doit aider ses parents ; bien que de santé assez faible, elle leur rend tous les petits services qu’elle peut. De même elle tient pour un devoir de s’instruire dans la doctrine chrétienne, mais elle éprouve de grandes difficultés et lutte fermement et avec persévérance pour découvrir la manne cachée. Jeune fille, elle se contraint au dur travail des champs et s’y consacre sans négligence. Fondatrice et supérieure générale, elle ne se laisse décourager ni par la responsabilité ni par les difficultés de toute sorte.

Au travail elle se montrait infatigable. Le curé Reichard put dire : « Sans cesse elle se sent irrésistiblement poussée à ses devoirs de supérieure. Non seulement elle ne se dérobe jamais à un devoir, mais elle se sent obligée d’en faire encore plus, malgré les tentations de répugnance qu’elle éprouve. » Bien qu’elle souffrît, elle dut souvent se mettre en voyage, parce que le devoir l’exigeait instamment.

Dans la maladie elle fut héroïquement patiente. Elle ne laissa entendre aucune plainte, malgré la longueur et la violence de l’épreuve. « Durant mes souffrances continuelles je me souvenais toujours de la demande que j’adressais à Dieu depuis mon enfance : de pouvoir garder un cœur pur, d’atteindre la sainteté et d’accomplir en tout sa sainte volonté – et souvent je pensais : ,Ô, je veux souffrir volontiers, pourvu que j’obtienne cela.‘ »

Elle montra une force d’âme héroïque dans les angoisses et la sécheresse spirituelle. Elle le prouva déjà à un jeune âge. « Enfant, je cachais déjà ma souffrance intérieure et je ne me plaignais qu’au bon Dieu. » À dix-sept ans la sécheresse, la répugnance et toutes les souffrances de l’âme qui y sont liées fondirent sur elle ; alors elle dit : « Ô Jésus, même si je ne prie pas bien, je continuerai à prier, car mon confesseur me l’a ordonné. »

Au temps de la sécheresse elle se tourne vers Jésus : « Mon Jésus, même si je ne ressens dans mon cœur aucun amour pour toi, je suis prête à te rester fidèle jusqu’à la mort ; apprends-moi comment je dois me comporter avec ce genre de souffrance. » Le curé Reichard témoigne : « Elle demeura fidèle et persévérante dans cette souffrance et continua d’accomplir la volonté de Dieu. »

Elle dut endurer les tourments du malin, qui voulait la troubler et l’effrayer en la menaçant visiblement et en l’accablant de malédictions et de blasphèmes. Alors elle se recueillait, reconnaissait que c’était le tentateur, prenait sa croix et retrouvait la paix.

Au milieu des contrariétés elle montrait une âme joyeuse, afin d’encourager le prochain. Tous ceux qui l’ont approchée en ont témoigné. Elle le dit aussi dans ses instructions : « Quel bon exemple donnent au monde les âmes qui, dans leurs lourdes souffrances, sont calmes et abandonnées, ne se plaignent pas, souffrent dans la patience et le silence et reçoivent d’un visage joyeux et serein tous ceux qui viennent à elles. »

« Que vos souffrances n’attristent ni votre visage ni vos pensées. Combattez toujours en vous la tristesse, pour l’encouragement de vos consœurs et de tous ceux qui vous voient. La paix, la sérénité et la joie conviennent aux enfants de Dieu. »

La vertu de force se manifesta clairement lorsqu’il s’agit de s’engager pour l’honneur de Dieu et le salut des âmes. Avec soumission et respect, mais avec une fermeté inébranlable, elle mena le combat pour lever la réserve que le curé Reichard avait à l’égard du début d’une œuvre humainement condamnée à l’échec. Elle continua de la bâtir sans relâche, bien que la crainte la transperçât intérieurement, car elle avait conscience de sa faiblesse et de son néant.

Sœur Lucrèce témoigne : « L’abbé Reichard essaya un jour de modérer le zèle de la Mère : ,Quoi, encore une nouvelle maison ?‘ lui dit-il. La Servante de Dieu entrait justement au réfectoire lorsqu’on lisait cette phrase : ,Ainsi que le nom de Dieu se répande par toute la terre.‘ Elle prit le livre et alla trouver le supérieur : ,Voyez, mon Père, le bon Dieu veut que notre œuvre, qui est la sienne, se répande ; ayez la bonté d’y consentir.‘ »

Elle était persévérante. Elle lutta si bien contre sa propre volonté qu’on ne voit plus chez elle aucun entêtement, mais seulement une volonté inébranlable de parvenir à Dieu par l’exercice de la vertu. « Nous continuerons à prier, disait-elle, et nous ne cesserons jamais avant d’être exaucées. »

Elle surmonta le respect humain. Enfant, elle avait un tel zèle pour gagner les autres au Christ qu’elle fut méprisée et moquée pour cela. Elle fut tentée de se taire, mais elle se dit : « Pourvu seulement que le bon Dieu ne soit pas offensé et que le salut des âmes soit assuré. Je fais mon devoir, c’est ce qu’il faut faire, même si le monde entier me méprise. »

À ses filles elle indiquait les lignes stratégiques du combat : « Combattez avec courage. Soyez comme des soldats qui retournent chaque jour au combat avec la même intrépidité. Aucune faiblesse, aucun attendrissement lâche sur vous-mêmes – faites toujours le contraire de ce que demande la nature. »

Nous prions pour sa canonisation

Priez avec nous

Elle est béatifiée depuis 2018. Pour qu’elle soit déclarée sainte, un miracle par son intercession est nécessaire — ainsi que la prière de ceux qui le demandent.

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